Un pays qui mérite d'être possédé est un pays qui mérite d'être défendu

Le Canada a bénéficié d'une géographie exceptionnellement favorable. Nous sommes entourés de trois océans et nous partageons notre seule frontière terrestre avec un allié de longue date. Nous n'avons pas connu la guerre sur notre propre territoire de la manière dont de nombreux pays l'ont subie, et des générations de Canadiens ont grandi sans sérieusement imaginer une armée envahissante traversant la frontière ou des missiles frappant les villes canadiennes.

Cette paix est une chose dont il faut être reconnaissant.

Ce n'est pas quelque chose que l'on peut considérer comme acquis et qui se maintiendra éternellement.

Pendant des décennies, la défense a pu sembler éloignée de la vie quotidienne des Canadiens. Les Forces armées canadiennes opéraient à l'étranger, participaient à des missions de l'OTAN, prêtaient assistance lors d'urgences nationales et menaient des opérations de souveraineté, tandis que la plupart des Canadiens poursuivaient leur vie avec relativement peu de liens directs avec l'armée. Les dépenses de défense pouvaient par conséquent être discutées presque entièrement comme une ligne budgétaire de plus dans un budget fédéral.

L'environnement international a suffisamment changé pour que le Canada ne puisse plus se permettre une telle complaisance.

Au cours de l'exercice financier 2025-2026, le Canada a atteint l'objectif de dépenses de défense de l'OTAN de 2 % du produit intérieur brut, avec plus de 63 milliards de dollars en dépenses de défense pour les Forces armées canadiennes, le ministère de la Défense nationale et d'autres activités gouvernementales admissibles. L'augmentation des dépenses comprenait des investissements dans le personnel, l'état de préparation, les infrastructures, l'équipement et la base industrielle de défense du Canada.

Ces chiffres sont importants, mais ils ne sont pas la partie la plus essentielle du débat sur la défense.

La question plus profonde est de savoir si les Canadiens considèrent la défense nationale comme la responsabilité de quelqu'un d'autre.

Un nationalisme canadien sain exige de rejeter cette idée.

Un pays n'est souverain que dans la mesure où il conserve la capacité de prendre des décisions indépendantes et de protéger le territoire sur lequel ces décisions s'appliquent. La diplomatie est extrêmement importante. Les alliances sont importantes. Le droit international est important. Les relations commerciales sont importantes. Mais finalement, un gouvernement doit aussi posséder la capacité de surveiller son territoire, de patrouiller ses eaux, de protéger son espace aérien, de répondre aux menaces et d'aider les citoyens en cas d'urgence.

Le Canada a plus de territoire à défendre que presque n'importe quel pays sur Terre.

Nous avons des approches atlantiques, des approches pacifiques et un immense Arctique. Nous possédons des ressources naturelles stratégiquement importantes, des réseaux de télécommunications, des ports, des systèmes énergétiques et d'autres infrastructures dont dépendent les sociétés modernes. La cybersécurité a créé un autre domaine dans lequel les attaques ne nécessitent pas qu'un ennemi traverse physiquement une frontière.

L'ancienne image de la défense nationale comme des chars attendant près d'une frontière est donc inadéquate.

La défense moderne comprend des navires, des avions et des soldats, mais elle inclut également des satellites, la cybersécurité, le renseignement, les communications, les drones, les systèmes de surveillance, des chaînes d'approvisionnement sécurisées, l'infrastructure arctique et la capacité industrielle de fabriquer et de réparer l'équipement essentiel.

Cela crée également une dimension économique au nationalisme de défense.

Si le Canada doit dépenser considérablement plus d'argent pour la défense, les Canadiens devraient se demander quelle part de ces dépenses peut également renforcer les capacités industrielles canadiennes. La production nationale ne sera pas réaliste pour chaque avion, composant ou système d'armes. Le Canada bénéficie des réseaux d'acquisition alliés et devrait continuer à y participer. Cependant, une stratégie de défense réfléchie devrait également se demander où le Canada possède l'expertise pour exceller dans des technologies particulières, puis maintenir ces capacités au pays.

La construction navale, l'aérospatiale, l'intelligence artificielle, les capteurs avancés, les technologies arctiques, la cybersécurité, les communications et les minéraux critiques sont tous des exemples de domaines où la sécurité nationale et la stratégie économique peuvent se chevaucher.

Il y a aussi un aspect humain à cette question.

Les personnes qui servent dans les forces armées canadiennes ne sont pas des abstractions. Ce sont des Canadiens qui acceptent des obligations que la plupart des citoyens n'auront jamais à affronter. Un pays qui veut une armée compétente doit s'assurer que le service militaire est respecté, que les membres et leurs familles sont bien soutenus, et que les carrières militaires sont considérées comme des formes précieuses de service public plutôt que des occupations dont la société ne se souvient que le jour du Souvenir.

Respecter l'armée ne signifie pas refuser de critiquer les décisions militaires ou les acquisitions de défense. Le contrôle démocratique est essentiel précisément parce que l'armée exerce des pouvoirs extraordinaires au nom du public.

Le patriotisme n'exige pas non plus des Canadiens qu'ils deviennent enthousiastes à l'égard de la guerre.

Une politique de défense sérieuse existe en partie pour prévenir la guerre en s'assurant que l'agression ait des conséquences.

Le Canada devrait souhaiter des relations pacifiques avec les autres pays. Il devrait soutenir les alliances, la diplomatie et la coopération internationale. Mais les intentions pacifiques sont considérablement plus persuasives lorsqu'elles sont accompagnées de la capacité de se protéger.

Pendant des générations, le Canada a eu l'extraordinaire chance de vivre aux côtés des États-Unis. La puissance militaire américaine a contribué de manière significative à la sécurité du continent.

Cette réalité devrait produire de la gratitude, pas de la dépendance.

Une relation mature entre alliés fonctionne mieux lorsque les deux parties contribuent de manière significative à leur sécurité partagée. Plus important encore, le Canada a ses propres intérêts. Nous devrions posséder suffisamment de capacité indépendante pour que la défense du territoire canadien ne devienne jamais une activité que nous supposons qu'un autre pays effectuera pour nous.

Le nationalisme est parfois réduit à des symboles.

Un drapeau sur un uniforme est certainement un symbole.

Le Canadien prêt à le porter dans des endroits dangereux est quelque chose de plus.

Si nous croyons que le Canada vaut la peine d'être préservé, alors maintenir la capacité de le défendre n'est pas du militarisme.

C'est une responsabilité.

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