Le Canada n’a jamais manqué de personnes intelligentes.
Les universités canadiennes mènent d’importantes recherches. Les scientifiques canadiens contribuent à des découvertes reconnues dans le monde entier. Les ingénieurs, les développeurs de logiciels, les chercheurs médicaux et les entrepreneurs canadiens créent régulièrement des technologies à potentiel mondial.
La partie frustrante de l’histoire vient souvent ensuite.
Une idée canadienne devient une start-up canadienne. La start-up grandit. Des capitaux étrangers arrivent. La propriété intellectuelle est transférée. L’entreprise est rachetée. La haute direction déménage. La production a lieu ailleurs, et le Canada se réjouit d’avoir participé au début d’une chaîne de valeur dont les plus grandes récompenses économiques finissent par être générées hors du pays.
L’investissement étranger n’est pas intrinsèquement mauvais.
Les entreprises canadiennes qui réussissent ont besoin d’accéder aux capitaux, aux clients et à l’expertise internationale. Vendre une entreprise peut être une décision tout à fait rationnelle pour ses fondateurs. Les marchés ouverts ont énormément profité au Canada.
Le problème apparaît lorsque la vente devient le point final par défaut de l’innovation canadienne.
Le nationalisme économique devrait donc inclure quelque chose dont nous discutons rarement en termes patriotiques : la propriété.
Qui possède les brevets ?
Qui possède les données ?
Qui possède l’entreprise ?
Où se trouve le siège social ?
Où se trouvent les emplois à plus forte valeur ajoutée ?
Où les bénéfices sont-ils réinvestis ?
Où les dirigeants de demain sont-ils formés ?
Ces questions sont importantes parce que les économies modernes créent une valeur énorme grâce aux actifs incorporels. La propriété intellectuelle, les logiciels, les algorithmes, les conceptions, les marques, les processus propriétaires et les données peuvent être aussi importants que les usines et les ressources physiques.
L’agence canadienne de la propriété intellectuelle traite explicitement la question comme une priorité économique. La stratégie 2026-2031 de l’Office de la propriété intellectuelle du Canada décrit la propriété intellectuelle comme un moteur de l’innovation, de la productivité et des opportunités économiques et inclut le soutien du commerce canadien et de l’économie du savoir parmi ses priorités stratégiques.
Cela devrait faire partie d’une conversation nationale beaucoup plus vaste.
Pendant des générations, l’une des forces économiques du Canada a été l’extraction et l’exportation de ressources naturelles. Ce modèle peut créer une richesse énorme, mais il comporte aussi un risque évident : les étapes les plus profitables de la production peuvent avoir lieu ailleurs.
Une tonne de minerai a de la valeur.
Le matériau raffiné en a plus.
Un composant fabriqué à partir de celui-ci en a encore plus.
La technologie brevetée contenant ce composant peut valoir beaucoup plus.
Le Canada devrait vouloir participer à chaque étape.
La même logique s’applique au-delà des ressources.
Si les chercheurs canadiens créent une technologie d’intelligence artificielle de classe mondiale, nous devrions vouloir que des entreprises canadiennes soient capables de la commercialiser.
Si des scientifiques canadiens développent une technologie médicale, nous devrions vouloir que des entreprises de sciences de la vie importantes au niveau mondial aient leur siège ici.
Si des ingénieurs canadiens développent des technologies aérospatiales, robotiques, nucléaires ou de défense avancées, nous devrions vouloir que l’expertise et la propriété intellectuelle créent des écosystèmes industriels canadiens à long terme.
Cela ne signifie pas que chaque start-up canadienne doit rester la propriété de Canadiens pour toujours.
Cela signifie que le Canada devrait devenir un endroit où rester indépendant est une option réaliste.
Cela nécessite des capitaux.
Cela nécessite des investisseurs sophistiqués prêts à financer des entreprises au-delà de la phase de démarrage.
Cela nécessite des gestionnaires capables de développer des entreprises à l’échelle internationale.
Cela nécessite des impôts et une réglementation concurrentiels.
Cela nécessite un accès aux talents.
Il faut que les gouvernements comprennent que la commercialisation est aussi importante que la recherche.
Et peut-être le plus important, cela nécessite un changement culturel dans les attentes.
Les Canadiens réagissent parfois à la création d’une entreprise valant un milliard de dollars comme si la question logique suivante était de savoir quelle multinationale américaine l’achètera finalement.
Pourquoi cette hypothèse ?
Le Canada a déjà produit des entreprises importantes au niveau mondial.
Nous pouvons le refaire.
Un nationalisme canadien plus fort célébrerait les entrepreneurs qui bâtissent des entreprises ici avec le même enthousiasme que nous manifestons envers les athlètes qui représentent le Canada à l’étranger.
Il y a quelque chose de profondément patriotique à créer une organisation qui emploie des milliers de Canadiens, exporte dans le monde entier, forme les futurs entrepreneurs et paie des impôts aux communautés canadiennes.
Il y a aussi une dimension de sécurité nationale.
Les technologies avancées recoupent de plus en plus la défense, les communications, l’intelligence artificielle, l’énergie et les infrastructures critiques. Les pays sont de plus en plus prudents quant à la propriété des technologies et des chaînes d’approvisionnement stratégiquement importantes.
Le Canada devrait être tout aussi réfléchi.
L’ouverture économique n’exige pas l’indifférence.
Nous pouvons accueillir les capitaux étrangers tout en identifiant les industries où le maintien des capacités canadiennes est important.
Nous pouvons participer aux marchés mondiaux tout en encourageant la propriété nationale.
Nous pouvons collaborer à l’échelle internationale tout en veillant à ce que les idées canadiennes produisent la prospérité canadienne.
L’objectif ne devrait pas être l’autarcie, l’isolement ou le protectionnisme économique pour le plaisir.
L’objectif devrait être la capacité.
Le Canada devrait posséder suffisamment de capitaux, de talents et d’ambition pour que les meilleures entreprises du pays n’aient pas automatiquement besoin de quitter le pays pour devenir de classe mondiale.
Le nationalisme est généralement représenté par quelque chose d’ancien : un drapeau, un monument, un bâtiment historique.
Mais le nationalisme devrait aussi s’intéresser aux choses qui n’existent pas encore.
La prochaine entreprise technologique canadienne.
La prochaine percée médicale.
Le prochain fabricant de pointe.
La prochaine marque mondiale.
La prochaine industrie que nous n’avons même pas encore inventée.
Un pays fait preuve de confiance en son avenir lorsqu’il croit que ses meilleures idées méritent de grandir chez lui.

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