La construction nationale est plus qu'un slogan politique : le Canada doit recommencer à bâtir

Pendant une grande partie de l'histoire canadienne, la construction de la nation était quelque chose que les gens pouvaient voir physiquement. Les chemins de fer traversaient d'immenses étendues de nature sauvage. Les ports reliaient l'intérieur du pays aux marchés internationaux. Les projets hydroélectriques alimentaient des villes et des industries en pleine croissance. Les autoroutes rapprochaient les communautés, les aéroports reliaient des régions qui avaient autrefois été séparées par des jours de voyage, et les réseaux de télécommunications ont progressivement donné l'impression que l'un des plus grands pays du monde était plus petit. Ces projets étaient rarement simples, peu coûteux ou universellement populaires, mais ensemble, ils ont contribué à transformer un ensemble de régions éloignées en une économie nationale fonctionnelle.

Le Canada doit redécouvrir cet instinct.

L'un des défis auxquels le pays est confronté aujourd'hui est que nous sommes devenus remarquablement bons pour discuter de ce que le Canada devrait devenir, tout en ayant parfois du mal à construire les systèmes physiques nécessaires pour y parvenir. Le logement a besoin d'infrastructures. Les mines ont besoin de routes et de lignes de transport d'énergie. Les fabricants ont besoin d'électricité fiable. Les agriculteurs et les producteurs de ressources ont besoin de chemins de fer et de ports. Les communautés du Nord ont besoin de connexions de transport et de communication. Les exportateurs ont besoin de moyens d'atteindre les marchés mondiaux qui ne dépendent pas entièrement d'un seul pays étranger.

Le nationalisme a donc une dimension physique. Un pays devient plus indépendant lorsque ses citoyens, ses entreprises et ses gouvernements possèdent l'infrastructure nécessaire pour acheminer les personnes, l'énergie, les biens et l'information sur leur propre territoire.

C'est particulièrement important pour le Canada, car la géographie est à la fois notre plus grand avantage et l'un de nos plus grands obstacles. Le Canada possède des quantités extraordinaires de terres, d'eau douce, de forêts, de minéraux, de capacités agricoles et de ressources énergétiques, mais une grande partie de cette richesse existe à d'énormes distances des principaux centres de population et des terminaux d'exportation. Les ressources souterraines ne créent pas de prospérité simplement parce qu'elles apparaissent sur une carte géologique. Elles deviennent économiquement précieuses lorsque quelqu'un peut les atteindre, les développer de manière responsable, les transformer et acheminer les produits qui en résultent aux clients.

C'est pourquoi des projets apparemment banals comme les autoroutes, le transport d'électricité, la capacité ferroviaire et l'agrandissement des ports peuvent être de véritables projets nationaux. Le 28 août 2026, par exemple, le gouvernement fédéral a lancé le processus d'examen de la route de la vallée du Mackenzie dans les Territoires du Nord-Ouest et du projet du terminal 2 de Roberts Bank en Colombie-Britannique en vue de les traiter comme des projets d'intérêt national en vertu de la Loi sur le Canada. Quoi que les Canadiens pensent finalement du bien-fondé des projets individuels, le débat plus large est important car il force le pays à se demander quelles infrastructures sont suffisamment importantes pour avoir un impact au-delà d'une seule municipalité ou province.

Le Canada devrait avoir beaucoup plus de ces conversations.

Une route vers le Nord peut créer des opportunités économiques tout en améliorant l'accès aux communautés et en renforçant la capacité du Canada à opérer sur son propre territoire. Un port agrandi peut donner aux exportateurs canadiens un meilleur accès aux marchés asiatiques. Une connexion électrique est-ouest peut permettre à la capacité de production d'une région de soutenir une autre. Une meilleure infrastructure ferroviaire peut rendre les produits canadiens plus compétitifs à l'étranger. Des télécommunications modernes peuvent permettre aux gens de créer des entreprises dans des communautés que les générations précédentes auraient pu devoir quitter.

Le principe important n'est pas que chaque mégaprojet proposé devrait être automatiquement approuvé au nom du patriotisme. Les projets mal conçus restent de mauvais projets, quel que soit le nombre de feuilles d'érable figurant dans l'annonce. Les conséquences environnementales sont importantes. Les droits et les partenariats autochtones sont importants. L'économie est importante. Les communautés locales sont importantes. Les deniers publics sont importants.

Le nationalisme devrait exiger de meilleures décisions, pas moins de questions.

Mais les Canadiens devraient également être prêts à se demander ce qui se passe lorsque la réponse nationale par défaut à la construction de quelque chose devient une hésitation sans fin.

L'infrastructure a une durée de vie mesurée en décennies. Les décisions évitées aujourd'hui peuvent façonner les possibilités économiques du pays en 2040, 2050 et au-delà. Un chemin de fer non étendu, un corridor électrique non construit ou un lien de transport nordique jamais achevé pourrait ne pas créer de crise évidente demain matin. Au lieu de cela, le coût apparaît progressivement par des investissements manqués, une productivité réduite, des routes commerciales congestionnées et des communautés qui restent déconnectées des opportunités ailleurs dans le pays.

Il y a aussi quelque chose d'important psychologiquement dans la construction.

Les pays ont besoin de preuves que l'avenir sera plus grand que le présent.

Une société qui passe tout son temps à gérer des systèmes existants peut devenir défensive. Elle commence à débattre de la manière de diviser ce qui existe déjà plutôt que d'imaginer ce qui pourrait être créé ensuite. En revanche, un pays qui construit des ports, des maisons, des systèmes énergétiques, des laboratoires, des réseaux de transport en commun et de nouvelles industries communique quelque chose d'important à ses citoyens : nous nous attendons à être là pour longtemps, et nous nous attendons à ce que la prochaine génération hérite de plus de possibilités que nous.

Le Canada a jadis relié un immense continent avec des rails d'acier alors qu'une grande partie du territoire entre les communautés était à peine peuplée. Le Canada moderne possède une technologie, une richesse et des capacités d'ingénierie infiniment plus grandes.

Nous n'aurions pas dû perdre l'ambition.

Le nationalisme canadien devrait donc inclure une idée simple, qui n'est pas particulièrement glamour mais qui peut être extraordinairement importante.

Bâtir le Canada.

Pas métaphoriquement.

Le construire réellement.

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